La fonction d’élu amène à une chose très particulière : c’est le maniement des chiffres. Les milliers et les millions d’euros défilent sous leurs yeux et sont au centre de leurs décisions. Ce n’est pas le lot de monsieur ou madame tout le monde plutôt habitué à gérer les fins de mois avec l’enveloppe familiale. Sans vigilance on en perdrait vite la notion du coût des choses élémentaires comme la baguette de pain ou le litre de carburant. Cela m’a d’emblée frappée dès mon élection au Conseil Régional. J’avoue que la “désinvolture” ou la facilité avec laquelle certains montants de subventions étaient accordés à certaines associations ou structures me laissait pantoise, ainsi d’ailleurs que la réponse qui était faite à mes interrogations du type ” oh! 10 000 euros ce n’est pas grand chose” ! Et si, c’est une somme et même importante pour la majorité de nos concitoyens ! Bien insuffisante pour faire une route, soit, mais que l’on peut juger excessive pour financer l’action d’une association. La difficulté pour l’élu est donc de garder les pieds sur terre et d’avoir toujours à l’esprit l’échelle des valeurs des choses.

Ce qui m’interpelle aussi  fortement, c’est cette forme d’appropriation que certains élus manifestent vis à vis de l’argent public. Quand un collègue me dit : ” je viens de vous donner 400 000 euros, estimez vous heureuse”, j’avoue que je me rebelle. Premièrement on ne m’a rien donné à moi, mais on a juste participé au financement d’actions au service des administrés que je représente. Deuxièmement le “je” me paraît très malvenu car celui qui le prononce donne le sentiment de sortir cet argent de ses poches, alors qu’il s’agit simplement de gérer de l’argent public soit le fruit de nos impôts à tous.  Sans compter qu’il faudrait presque dire merci et vouer une reconnaissance éternelle à celui qui “donne” alors qu’il est simplement en charge de répartir équitablement cet argent public.

Alors deux régles essentielles pour les élus : ne pas se déconnecter de la réalité et garder la distance nécessaire vis à vis de la gestion des fonds publics.

Celui qui “donne” doit le faire avec un juste équilibre et celui qui “reçoit” ne doit pas se sentir redevable mais considéré avec justesse. Tout un art !