La CAM en juge de paix
AGGLOMÉRATION. Après un an de bataille rangée, déjà le Conseil communautaire apparaît comme la clé de la prochaine échéance municipale
« La CAM en juge de paix »
Article Sud Ouest du 16 mars 2009 – par Jean-Pierre DORIAN
Pour mieux assurer sa propre succession à la mairie montoise, Geneviève Darrieussecq a tout intérêt à semer la zizanie entre Jean-Pierre Jullian (au centre) et Alain Vidalies. (photo archives pascal Bats)
«Six ans comme ça, ça va être long. » Cette phrase, prémonitoire, vient de sortir spontanément de la bouche bée d’un élu communautaire anonyme, stupéfait par les premières algarades en ces lieux. Nous sommes au printemps dernier, pour l’une des premières séances du nouveau Conseil d’agglomération du Marsan et déjà, la tension suinte de la grande salle jusque-là habituée à la concorde, depuis la naissance de la CAM en 2002.
Sauf que mars dernier a tout changé. Ce que Geneviève Darrieussecq, trublion Modem lesté de ses alliés UMP dans un monde quasi exclusivement socialiste, a tenu à faire savoir. Très vite. En n’octroyant qu’un siège de représentant à son opposition montoise, d’abord. Et en tentant d’arriver en force (20 élus) dans cette assemblée où les alliances sont délicates. Pour prendre la présidence ? À peine évoquée, l’idée fait long feu. Même la première vice-présidence n’échoit pas à l’édile de la ville centre, ce qui, encore aujourd’hui, rend furibarde Mme le maire : « Partout ailleurs, c’est cette logique qui prévaut. Et ça se passe bien. » Ici, ça se passera donc mal.
Au sous-sol
Elle ne sera que deuxième vice-présidente. La première vice-présidence est en fait réservée depuis longtemps à Alain Vidalies, qui ne s’est pas fait élire conseiller municipal du village de Laglorieuse pour aller seulement y cultiver son jardin. C’est pour former un « duo exécutif cohérent » que Jean-Pierre Jullian s’est adjoint les talents du député et conseiller général. Et assurer une succession naturelle que la santé fragilisée du président pourrait précipiter en cours de mandat ?
C’est le moral du sortant réélu qui est rapidement mis à l’épreuve. Les premières escarmouches éclatent dès le débat sur le budget : Mont-de-Marsan veut voir augmenter sa dotation de compensation. L’argent, nerf de la guerre, que Geneviève Darrieussecq revendique au nom de la ville centre « qui représente 60 % de la population et 75 % du budget de l’agglo ». Suivront, au fil des mois, des échanges vifs sur la voirie, le contrat d’agglomération, les épisodes sur la plate-forme sociale, la médiathèque ou la commission des transports, le paroxysme étant atteint lors du clash du 30 mai, avec sortie théâtrale de tous les élus de « l’opposition montoise » en pleine séance et tribunal administratif saisi dans la foulée sur une délibération portant sur un transfert de charges…
Une guéguerre que Jean-Pierre Jullian qualifie de « procès en sorcellerie » quand Geneviève Darrieussecq parle d’enfantillages de cour d’école, alors qu’Alain Vidalies finit par y aller plus fort, stigmatisant des « chicaillas et des mesquineries qui nous font descendre au sous-sol de la politique. » Rien de moins.
Reconquête PS ?
C’est que si le duo réfute l’idée de vouloir créer une situation de blocage (comme à Dax, il n’y a pas si longtemps…), accusant l’impétrante « de jouer la victime en utilisant l’arme de la suspicion » (Vidalies), elle suspecte clairement le maire de Saint-Pierre-du-Mont – en dehors de ses excès « autocratiques » -de favoriser sa commune, au détriment du Moun, évidemment. Ce à quoi le président a beau jeu de répondre que « l’agglomération du Marsan, ce n’est pas Mont-de-Marsan. »
Bref, les petits mots précéderaient-ils les grands maux pour une agglo à la recherche d’un deuxième souffle ? Le bâtiment de la caserne Bosquet n’est-il pasen passe de prendre uniquement l’allure d’une solide base arrière socialiste en vue de la reconquête de Mont-de-Marsan ? Alain Vidalies ne peut pas ne pas y avoir pensé, qui n’est pas là par hasard, même s’il ne s’est toujours pas positionné en légitime et incontournable candidat PS pour 2014. Un proche de Geneviève Darrieussecq y a en effet songé pour lui. « De deux choses l’une : soit la CAM joue le jeu avec Mont-de-Marsan, auquel cas Geneviève Darrieussecq et Alain Vidalies peuvent la jouer à la régulière avec leurs bilans respectifs dans cinq ans ; soit ils bloquent tout et ce sera aux Montois de juger… » Sous-entendu très clair : si les projets montois paraissent être bloqués par l’agglo avec l’assentiment du candidat Vidalies…
L’objectif de Geneviève Darrieussecq est donc clair, presque déjà avoué : semer la zizanie dans le couple Jullian-Vidalies, briser cette alliance en plaçant dès que possible le Montois en porte-à-faux. Un piège que cet homme politique de premier ordre a fatalement déjà vu venir. Et va tout faire pour éviter.
Finalement, les cinq années qui arrivent risquent de ne pas être si longues que cela.
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