« Jullian va démissionner mais sans se presser »
AGGLOMÉRATION. Si la démission du président de la Cam ne fait pas de doute, le calendrier reste flou. Pour lui succéder, Alain Vidalies devra écarter Geneviève Darrieussecq
« Jullian va démissionner mais sans se presser »
Article Sud Ouest du mercredi 2 septembre 2009 – par Jean-François Renaut
Rappel des épisodes précédents. Vendredi 26 juin, Jean-Pierre Jullian est en Tunisie où il achève une semaine de vacances. À l’initiative d’Alain Vidalies, son premier vice-président à la Communauté d’agglomération du Marsan (Cam), une réunion se tient nuitamment à Campagne chez un autre vice-président (le quatrième), Claude Nolibois. Sont présents l’essentiel des seize maires ruraux membres de la Cam.
Unique ordre du jour : Jean-Pierre Jullian ne fait plus l’affaire à la présidence, il est temps de le remplacer, comment s’y prend-on ? « Le malaise était trop profond », expliquait alors Alain Vidalies. « Son attitude relevait désormais trop souvent de l’abus de pouvoir. »
Revenu sur ses terres saint-pierroises, le président de la Cam, informé de cette conspiration, dit tomber des nues quand son premier vice-président lui annonce être mandaté par les maires ruraux pour lui demander de démissionner. Refus courroucé de l’intéressé. Dans un premier temps. « Depuis quand demande-t-on à un président de démissionner ? Un président s’en va quand il a décidé qu’il partait. »
Autour du 14 septembre ?
Un courrier signé de Vidalies et des maires ruraux lui parvient dans la foulée l’amenant progressivement à changer de posture. « Je n’ai rien vu venir et je me sens lâché, d’accord. Mais il me semble avoir déjà dit que je souhaitais quitter la présidence, j’ai même dit que je souhaitais que ce soit lui qui me succède. » Lui, c’est le député Vidalies.
Juillet et août sont passés là-dessus et aujourd’hui Jean-Pierre Jullian s’apprête donc à démissionner mais ne supporte pas qu’on salisse son bilan.
«J’ai dépassé mon dixième anniversaire de président à la communauté. Au début, on n’avait même pas de quoi payer la voirie, aujourd’hui c’est un véritable outil. J’ai essayé de trouver des grands équilibres au bénéfice de la population sans jamais augmenter la fiscalité des ménages. »
«On (il ne cite jamais le nom d’Alain Vidalies, ndlr) me dit que l’avenir de la communauté est en danger. » Il tape du poing sur la table de bureau au siège de la Cam. « Il n’y a qu’un reproche que j’accepte : je ne suis pas un grand communiquant et pas fan des coupures de ruban. Il paraît que je ne sais pas me vendre. »
Avant de démissionner et de devenir simple délégué communautaire, le maire de Saint-Pierre-du-Mont attend de connaître les premières conclusions de l’audit financier (« bilan et perspectives ») de la Cam demandé par ses soins. Elles sont attendues pour le 14 septembre.
Cette démission est donc envisageable d’ici à une quinzaine de jours. Réglementairement, Jean-Pierre Jullian aura à adresser une lettre au préfet des Landes et attendre, par retour de courrier, qu’il accepte cette décision.
« Je serais désagréable »
« C’est ma décision. C’est ma décision qui n’est qu’une confirmation », répétait-il il y a quelques jours encore. « Ce n’est pas fait pour obéir à une injonction ou quoi que ce soit. »
Difficile de lui faire commenter le déroulement des événements et la façon de faire adoptée par Alain Vidalies. « Il y a des choses que je n’ai pas envie de dire sinon je serais désagréable. » Tout juste consent-il à lâcher : « Dire que la méthode est inélégante est un euphémisme, on m’a fait un coup à l’Africaine ». « Chacun regardera sa conscience d’homme et d’élu. »
Et puis quand même cette pique. « La bassesse, on ne peut pas rebondir dessus, c’est mou. »
Darrieussecq tente sa chance
Sa démission acquise, se pose désormais la question de sa succession. Jullian, « blessé et meurtri », va-t-il garder un chien de sa chienne à Vidalies ou appliquera-t-il la discipline de parti, tous les deux étant membres éminents du PS landais ?
Le futur ex-président de la Cam ne dit rien là dessus. Il se dit seulement sûr d’une chose. « Je suivrai toujours le futur exécutif s’il va dans le sens de l’intérêt général mais je m’en désolidariserai si ça n’est pas le cas. »
Ce flou entretient le suspense quant à l’identité du (de la) futur(e) président(e) de l’agglomération puisqu’il est acquis, elle n’en fait pas mystère, que Geneviève Darrieussecq va tenter sa chance. Elle a passé une partie de son été à courir la campagne pour rencontrer les délégués ruraux et tenter de les convaincre de voter pour elle.
Les lignes ont bougé
Pour avoir une idée du rapport de force, il faut remonter à l’élection du premier vice-président en avril 2008. Déjà Darrieussecq et Vidalies étaient opposés. Le second l’avait emporté sur la première par 39 voix à 24 (le 64e bulletin était blanc).
Dix-huit plus tard, les lignes ont-elles bougé ? Probablement mais dans quelle proportion et sur quels schémas ? La plupart des délégués ruraux ont une sensibilité de gauche mais ont-ils réellement goûté la façon de procéder d’Alain Vidalies ?
Davantage que son appartenance au Modem, Geneviève Darrieussecq est surtout maire de Mont-de-Marsan, la ville centre. Les ruraux craindront-ils qu’elle serve trop les intérêts de ses administrés au détriment des autres ?
La réponse ne tardera plus. Sitôt la démission de Jean-Pierre Jullian entérinée, un conseil communautaire peut être convoqué en trois jours. Et comme il y a une certaine urgence, le délai ne devrait guère être plus long.
Auteur : Jean-François Renaut

- Jean-Pierre Jullian voudra t-il faire payer à Alain Vidalies (deuxième plan) le fait de l’avoir poussé sur la touche? (photo archives n. L.e lièvre)
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