« Jullian envisage de se retirer… en septembre »
AGGLOMÉRATION. Le président de la CAM prétend tomber des nues face à la fronde venue de son propre camp. Mais pourrait se retirer de lui-même à la rentrée. Peut-être
« Jullian envisage de se retirer… en septembre »
Article Sud Ouest du mardi 30 juin 2009 – par Jean-Pierre DORIAN
« Amis de trente ans », Jean-Pierre Jullian et Alain Vidalies ne sont plus du tout sur la même longueur d’ondes. (Photo Nicolas le lièvre)
Pour un peu, il aurait fait comme si de rien n’était. « Je ne suis strictement au courant de rien… J’ai tout appris en lisant votre journal ce matin. » Joint hier soir par téléphone, Jean-Pierre Jullian n’a tout de même pas de mal à reconnaître qu’il est tombé des nues, samedi. « D’où voulez-vous que je tombe ? Je rentre, pour la première fois depuis 18 mois, d’une semaine de vacances et je découvre les nouvelles méthodes du territoire du Marsan… »
Le ton est acerbe et le contraire eut été étonnant. Depuis vendredi soir et la fameuse réunion où les maires des communes rurales de l’agglomération auraient massivement demandé son départ de la présidence de la CAM (lire « Sud Ouest » d’hier), les conversations sont allées bon train. Sauf celle entre le président en question et son premier vice-président, apparemment. Un Alain Vidalies très déterminé au moment d’expliquer sa démarche. « J’ai effectivement organisé cette réunion et les 16 maires (18, moins Mont-de-Marsan et Saint-Pierre-du-Mont…) m’ont mandaté à l’unanimité pour accomplir une démarche auprès de Jean-Pierre Jullian. Et lui demander de démissionner. »
Ce que le député annonce avoir fait dès samedi, par téléphone, obtenant une fin de non-recevoir qui ne va pas fatalement surprendre grand monde. « Il a refusé tout net. Mais c’est un entêtement qui n’a pas de sens. À la réflexion, je pense qu’il va se sentir isolé… »
Une sensation que feint de ne pas ressentir le principal intéressé. « On devait se rencontrer pour en parler, mais je l’ai à peine eu 40 secondes au téléphone, en plein brouhaha des fêtes de Saint-Pierre-du-Mont où j’ai été omniprésent (sic). Depuis 30 ans que je travaille pour Alain Vidalies, ça aurait mérité qu’on en parle en tête à tête… »
De quoi justifier son obstination face à une situation que son ex-binôme juge inéluctable ? « Depuis quand demande-t-on à un président de démissionner ? Un président s’en va quand il a décidé qu’il partait. »
Un véritable dialogue de sourds quand on entend Vidalies revenir sur les causes de sa démarche. « Le malaise était trop profond. Son attitude relevait désormais trop souvent de l’abus de pouvoir. Ce n’est pas une démarche facile pour moi, j’ai été un premier vice-président loyal, mais étant informé de tout cela, en gardant le silence, je devenais complice. Même la solidarité politique ne peut pas permettre de faire l’impasse sur ce genre de situation. »
Toujours en cause, la gestion « autocratique » (c’est lui-même qui le dit et l’admet !) façon Jullian et quelques décisions prises sans concertation. De quoi régaler Geneviève Darrieussecq qui observe, attentive, l’évolution de la situation. « Je l’ai dit dès le départ : on ne peut pas travailler collectivement avec un seul décisionnaire, c’est intolérable. On voit bien qu’Alain Vidalies est déjà dans la stratégie et semble découvrir des choses que nous avons dénoncées dès le départ, mais chaque chose en son temps. Si tous les maires sont d’accord, il faut aller jusqu’au bout : il n’y a pas d’autre issue que de le pousser à démissionner. »
Une issue qui ne coulera pas de la même source pour tout le monde… « Je n’ai rien vu venir et je me sens lâché, d’accord. Mais il me semble avoir déjà dit, dans vos colonnes, que je souhaitais quitter la présidence, j’ai même dit que je souhaitais que ce soit lui (Ndlr : Alain Vidalies) qui me succède. La donne a changé, tout cela s’est politisé et ça ne me convient pas. Alors oui, j’entends me retirer relativement rapidement, avant la fin de l’année. Il est très vraisemblable que je proposerai de laisser la présidence lors du prochain Conseil communautaire, en septembre. »
Il lâche cela, sans avoir l’air d’y toucher et non sans en rajouter. « J’ai dit septembre, mais je n’ai pas dit quelle année ! » Ses deux vice-présidents, eux, semblent déjà parler le même langage. « Il n’a pas su, ou voulu, mesurer les nouveaux enjeux, politiques et surtout communautaires », dit ainsi Vidalies. « L’important, c’est que l’agglomération et ses projets avancent. Donc sans lui », tranche Darrieussecq. Les deux ont même prévu de reprendre contact dès cette semaine avec tous les maires, voire avec tous les élus de l’agglomération, pour décider d’une stratégie. Commune, peut-être pas, mais complémentaire, c’est certain. Allez, on ne se quitte pas vraiment bons amis, mais on se retrouve très vite, c’est promis.
Auteur : Jean-Pierre Dorian
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