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Face aux lecteurs – Sud Ouest

Le 9 mars 2009

MONT-DE-MARSAN. L’aménagement des berges, le centre-ville piéton, les arbitrages financiers, les rapports avec la communauté d’agglomération… le maire n’élude rien 

« J’aimerais que les choses aillent vite »
Article du journal Sud Ouest – le 9 mars 2009

  À l’aise face à ses interlocuteurs, Geneviève Darrieussecq confie avoir appris une certaine forme de patience depuis son élection en mars 2008. (photo pascal bats)

 

Ambiance. Dans nos locaux de la place Abbé-Bordes à Mont-de-Marsan, ce mercredi matin, elle est arrivée seule avec un peu de retard mais pourvue d’une bouteille de champagne. Le 4 mars est son jour d’anniversaire. Le breuvage sera bu en fin d’un entretien d’une heure trente. Elle prend place face aux lecteurs, sans note mais avec deux téléphones portables qu’elle met en sourdine. Souriante et décontractée, elle lance à ses interlocuteurs : « Vous avez plein de questions, j’espère. » Ils en ont.

« Sud Ouest » : Un an après votre élection, votre premier bilan ?

Geneviève Darrieussecq. J’ai l’impression que l’on a bien travaillé. Avec notre équipe totalement novice, il y a eu le temps nécessaire de prise en mains des dossiers. Quand on arrive dans une entreprise de 650 personnes, il est important de porter ce regard, d’ouvrir tous les dossiers. Nous sommes ensuite passés assez vite à l’action, avec des actions concrètes mises en oeuvre : les investissements dans les travaux du stade Guy-Boniface, nous avons rouvert le dossier de l’ANRU étudié durant de longues années mais qu’il fallait mettre en musique. Nous l’avons réévalué aussi, parce que certaines actions ne pouvaient se mener comme prévu sur le papier.

Nous avons également poursuivi des dossiers en cours, ce qui prouve que dans une gestion municipale, il y a des choses logiques, incontournables. Exemple avec les travaux de l’école du Bourg-Neuf que nous avons terminés, évidemment, en investissant plus de 200 000 euros supplémentaires par rapport à ce qui était prévu pour les écoles en général.

Et puis nous avions fait campagne sur la propreté urbaine et nous nous sommes lancés. Il y a encore une approche démocratique différente avec la population, avec la mise en place des conseils de quartiers : 117 Montois non élus y participent, face à 18 élus. Pour faciliter la vie des Montois, il y a le numéro vert qui a montré toute son utilité : 700 appels depuis son installation en juin, puis en une semaine de tempête, plus de 1 000 !

« S O » : Et ce que vous auriez voulu faire et que vous n’avez pas réussi en un an ?

(Longue réflexion) Je crois qu’on ne peut pas aller beaucoup plus vite. Je suis une femme pressée, j’aimerais que les choses aillent vite, changent et bougent, il y a tellement de choses à faire. La première chose que j’ai apprise en étant élue, c’est qu’il y avait un temps, incompressible, pour beaucoup de choses. Mise en place de dossiers, étude des financements, réponses à des tas de critères administratifs qui m’étonnent parfois encore. Tout cela vous fait passer de femme pressée à femme plus patiente… Et puis il y a une chose qui peut être gênante : c’est très simplement les moyens financiers.

Alain Lafourcade : Votre projet phare, l’aménagement des berges, va-t-il le rester et sous quel délai, compte tenu des difficultés naturelles du dossier, de son coût et des dégâts de la tempête ?

Ça doit plus que jamais être le projet phare. C’est un véritable projet urbain qui va changer les habitudes, l’attractivité de la ville. Toutes les villes qui ont une rivière et se sont lancées dans l’aménagement des berges y ont gagné. Il va être mené à bien, mais ne le sera pas dans sa totalité en un mandat.

Nous sommes en train de mettre en place un véritable cahier des charges, très détaillé. Tout cela va nous prendre l’année 2009. C’est par la zone du confluent et de la Midouze que les choses vont commencer. Le projet sera différent selon les trois rivières, mais ce sera un projet homogène, avec le même esprit de développement durable, de circulation douce, de liaisons interquartiers et de revalorisation des lieux historiques de notre ville. Au premier trimestre 2010, nous démarrerons une première réalisation, les choses se faisant ensuite par tranches.

Jean-Paul Hirschy : Le centre-ville piéton, à quelle échéance l’imaginez-vous ?

Quand j’ai été élue, je me suis donné une règle : faire évoluer les choses sans heurter les gens. Pour ne pas mettre la moitié de la population contre un projet quand on veut aller trop vite. Le petit coeur de ville piéton ou semi-piéton verra le jour, je m’y suis engagée. Ce qu’il faut démontrer, c’est que les choses sont possibles et peuvent être plus agréables.

Nous avons commencé avec le marché Saint-Roch le samedi matin : ce n’était pas compliqué, il suffisait de quatre barrières. Tout le monde a été conquis. Deuxième étape, les fêtes de Noël, qui ont été une belle réussite de 2008 aussi. Nouvelle opération : le premier samedi de chaque mois sera piéton. Progressivement, je pense que nous allons habituer les gens à cette nouvelle situation. Il y aura aussi une vraie réflexion et une remise à plat sur la question des sens de circulation et sur les transports urbains, qui doivent être compétitifs.

J-P. H : Quid des pistes cyclables ?

C’est très difficile, dangereux d’être cycliste à Mont-de-Marsan. Chaque fois que nous allons refaire une voie, nous allons y adjoindre une piste cyclable, une vraie, sécurisée, pas simplement matérialisée par une bande blanche.

Nous travaillons avec des associations pour mettre en place des circuits. Mais tout cela doit être englobé dans un grand plan de déplacement urbain et communautaire. Et malgré un budget voté pour cela à la Cam, rien n’a été fait.

« S.O. » : Vous aviez déjà un budget serré, il l’est de plus belle après le passage de la tempête. Comment allez-vous vous y prendre, arbitrer ?

La tempête va coûter un million d’euros, les assurances en couvrant à peine un tiers. Il va donc falloir là aussi de la solidarité. Qu’elle soit de l’État ou des collectivités. Si on a des aides qui nous permettent de diminuer la note, ce sera une bonne chose. Pour les arbitrages, on verra en temps utiles.

J.-P. H. : Les subventions aux associations auront-elles à en pâtir ?

Mon souhait, c’est que ça n’impacte pas. Mais j’ai vu qu’ailleurs, à Morcenx par exemple, M. Deyres envisageait de demander un effort aux associations pendant un an. S’il le faut, on le fera. Mais je ne le souhaite pas. Mais s’il faut dire aux Montois que tel investissement prévu n’est plus possible à cause des conséquences de la tempête, tout le monde est à même de le comprendre et personne ne nous le reprochera.

« S.O. » : Vous préférerez décaler les investissements plutôt qu’augmenter les impôts ?

Je n’augmenterai pas les impôts. Ce n’est vraiment pas le moment. On s’était engagé à ne pas le faire alors que nous connaissions une situation disons normale. Compte tenu de la situation de crise dans laquelle nous sommes, avec l’émiettement du pouvoir d’achat, ça ne serait pas raisonnable de le faire.

Pour faire les réalisations prévues, les augmenter serait la solution. Mais il faudrait les augmenter de 22 % pour se dégager une marge de manoeuvre, or l’audit nous a montré que cela nous remettrait dans la même situation au bout de six ans. Nous avons décidé d’aller vers des économies et la maîtrise de nos dépenses de fonctionnement.

Maintenant, si un jour nous avons une très grosse réalisation qui intéresse tout le monde, je ne m’interdis pas de consulter les citoyens pour leur demander : « Pensez-vous que cela mérite d’augmenter vos impôts » ?

Dusty Périssé : Ne faut-il pas aussi réduire la masse salariale ?

Les audits nous l’ont montré : il faudrait la diminuer d’environ 30 postes sur l’ensemble du mandat. Or, nous avions aussi besoin d’augmenter le nombre de cadres. Diminuer les postes, ce n’est pas licencier les personnes. C’est impossible et ce n’est pas dans cet esprit que je veux travailler. Redimensionner et mutualiser nos moyens pour être plus efficaces en réorganisant les équipes, voilà ce que nous voulons. Loin de parler de licenciements, ma volonté est même de déprécariser certaines situations.

Isabelle Laffourcade : À propos de la fermeture de deux clubs du troisième âge, on a entendu parler de problème de sécurité, puis de reconduction de personnel, où est la vérité ?

Il n’y avait pas de problème de sécurité stricto sensu. Ce n’est pas non plus une histoire de contrat de travail. Ces clubs du troisième âge, qui ont fait beaucoup de mousse, parce que les choses ont, c’est vrai, été annoncées un peu trop brutalement, ils concernent 6 clubs, 120 personnes et 9 salariés pour un coût de 240 000 euros.

Je ne dis pas qu’il ne faut pas s’occuper de ces 120 personnes, mais que l’on peut rationaliser, sur quatre structures au lieu de six. Il n’est pas question de faire moins, mais de faire plus : nous voulons mener des actions vers un public plus large, qui ne fréquente pas ces clubs. Il y a 120 concernés actuellement, pour 2 500 personnes âgées de plus de 70 ans à Mont-de-Marsan…

Dusty Périssé : Où en est le projet de la zone du Bourrassé ?

Il faut interroger les personnes en charge de ce projet, la Storim en l’occurrence d’un côté et la communauté d’agglomération de l’autre. Le projet qui m’a été présenté en mai comprenait un multiplex cinéma, des enseignes dont la plupart existaient déjà dans le coeur de ville et d’autres plutôt liées à l’habitat. J’avais trois réticences : la première, l’emplacement, sur un point déjà encombré de la rocade ; la deuxième, j’étais réservée sur ces enseignes où on risquait le double emploi ; et la troisième, la plus entière et complète : le cinéma. Pour moi, le complexe de cinéma doit se faire dans le centre-ville. Mais je n’ai jamais dit que j’étais opposée à la création d’un centre commercial ! Simplement, il faut de la complémentarité avec le centre-ville.

« S.O. » : Et si ce projet partait ailleurs qu’à Mont-de-Marsan ?

Ce serait certainement un gâchis. Mais je crois comprendre que les investisseurs potentiels n’ont peut-être pas été écoutés. Je sais qu’ils ont demandé des rendez-vous et ne les obtenaient jamais. Et que quand ils en ont eu un, ils ont obtenu une fin de non-recevoir. La ville-centre de la communauté d’agglo n’est pas consultée, les autres communes non plus…

« S.O. » : N’est-ce pas pesant, cette sensation de citadelle assiégée au milieu du « pays » socialiste  ?

Moi, rien ne me pèse. Ceux qui partiraient en disant : « Darrieussecq, on ne va rien lui donner, comme ça, elle ne réalisera rien et ne sera pas réélue », ils se mettent le doigt dans l’oeil. Ce n’est pas moi qu’ils pénalisent, mais les Montois, qui votent et comprennent les choses… Après, tout va bien avec le Conseil régional. Du côté du Conseil général, il y a des règlements d’intervention où nous sommes éligibles si nos dossiers sont ficelés, où nous sommes donc traités comme les autres.

« S.O. » : Comment une élue Modem vit-elle sa « cohabitation » avec des élus UMP, proches d’un président de la République dont vous ne soutenez pas souvent les décisions ?

Je le vis très bien. Il n’y a aucun problème, on n’en parle jamais. Si, à l’échelon local, on ne peut pas être capable de faire travailler ensemble des personnes pas forcément issues de la même famille politique, on n’y arrivera jamais. Quand mon premier adjoint, Hervé Bayard (Ndlr : UMP), entend parler de la dotation globale de fonctionnement en baisse ou de la suppression de la taxe professionnelle, il est aussi inquiet que moi en pensant à notre budget.

La question qui fâche : Où en êtes-vous de vos relations avec la Cam et son président, Jean-Pierre Jullian ?

Je suis très sereine.

Sans refaire tout l’historique, en tant que maire de la ville qui représente 60 % de la population et 75 % du budget de l’agglo, je peux quand même ne pas comprendre que nous ne soyons représentés qu’à 30 % des sièges. C’est une anomalie.

Autre anomalie : l’esprit des agglomérations, c’est un esprit de coopération. Or, on m’a mise très vite devant un fait politique : M. Jullian a décidé que le premier vice-président serait Alain Vidalies. Partout ailleurs, dans un cas similaire, quand la ville centre n’est pas à la présidence – ce qui ne pose aucun problème – le premier vice-président est le maire de la ville centre. Exemple à Bordeaux, avec Vincent Feltesse, PS, et Alain Juppé, maire UMP de Bordeaux.

Et puis très vite, on a voulu faire passer des délibérations sous forme de commandements. J’ai le droit de dire quand un dossier n’est pas bien ficelé, non ? Aujourd’hui, toutes les décisions sont prises à l’unanimité par une personne. La majorité des maires ne sont consultés qu’après. Le vrai esprit communautaire, c’est faire en sorte que les communes soient d’accord en amont.

La ville centre est maltraitée, déshéritée, mais c’était déjà le cas avant mon arrivée ! Et les villages autour qui pensent être bien traités sont mal traités, on ne leur donne que des cacahuètes et quelques miettes. Une agglomération, ce n’est pas un guichet où l’on vient pleurer. Je ne veux pas être en conflit, je souhaiterais simplement que cela fonctionne autrement, que l’on puisse ensemble faire un vrai projet d’agglomération, avoir des discussions pour mettre en place le prochain contrat d’agglomération 2008-2014 (déjà un an de retard !), sachant que le précédent n’a été réalisé qu’à 30 %, alors que nous avons le budget pour mener à bien des projets…

Je veux dire très simplement une chose à M. Jullian : il ne peut pas travailler seul. Il n’y a pas suffisamment de personnel à la Cam pour faire avancer les dossiers. Et puis il faut qu’il nous fasse confiance. Moi, je ne veux pas de mal à Saint-Pierre-du-Mont, Saint-Avit ou à Uchacq, je veux du bien pour l’agglomération. Mais ce n’est pas en paupérisant la ville centre qu’on y arrivera.

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Général, Lu dans la presse, Mont-de-Marsan

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