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“Avec Darrieussecq et Bellocq, le derby est lancé”

Le 14 novembre 2008

FACE-À-FACE. À votre droite, Geneviève Darrieussecq, maire Modem de Mont-de-Marsan ; à votre gauche, Gabriel Bellocq, maire socialiste de Dax. Et au milieu, le derby du 22 novembre. Morceaux choisis d’un entretien passionné

PROPOS RECUEILLIS par Jefferson DESPORT et Jean-Pierre DORIAN
Journal Sud-Ouest du 14/11/08


“Avec Darrieussecq et Bellocq, le derby est lancé”

   Gabriel Bellocq et Geneviève Darrieussecq se sont donnés rendez-vous pour le derby (Photomontage Nicolas Le Lièvre)

 
1 Leur histoire avec leur club

Genevière Darrieussecq. Je vis à Mont-de-Marsan à cause du Stade Montois, en quelque sorte. (G. B. : « Vous pouvez dire grâce au Stade Montois ! »).
Personnellement, familialement, c’est un ancrage important. Mon mari, mon beau-père ont joué à Mont-de-Marsan. Si nous sommes venus, c’est parce que mon mari jouait ici. Nous aurions pu aller à Bayonne ou même à Dax, d’ailleurs, à l’époque (elle sourit)… Après, c’est devenu une affaire de coeur, parce que j’ai toujours été une supportrice assidue, inconditionnelle même. De mon mari d’abord, puis du club. C’est aussi une affaire personnelle parce que, ensuite, je m’y suis impliquée en tant que médecin. C’est un grand club qui crée une vraie vie, une vraie animation dans cette ville. Il y a de la passion autour.


Gabriel Bellocq. Je suis arrivé à Dax en 1965 et déjà j’étais un passionné de rugby puisque dans mon enfance, je jouais à Hagetmau. À Dax, j’ai commencé à jouer en cadet, en même temps que je jouais dans l’équipe de l’école Normale. Le dimanche après-midi, on était interne. Et notre principale activité de loisirs, avant d’aller danser aux Charmilles, c’était d’aller voir jouer l’USD. On était de fervents supporteurs. C’est là que j’ai découvert les joueurs qui, ensuite, ont marqué l’histoire du club et dont certains sont devenus internationaux. C’était l’époque des Claude Dourthe, des Jean-Pierre Bastiat… Depuis, je suis resté un supporteur inconditionnel.

2 Dax, club plus familial ?

G. D. Chaque club a son histoire et sa façon d’évoluer. Des grandes figures, il y en a eu, des Pascalin, Dauga, Darrouy aux frères Boni. Ils ne sont pas forcément restés, parce qu’ils avaient des personnalités fortes. Il y a une unité, au moins de façade, à Dax, où on règle ses affaires en famille.
Ici, on les règle de façon quelquefois plus explosive… Mais c’est un club fédérateur et populaire. Sur le marché, le samedi, les conversations tournent autour du Stade Montois, comme à Dax, autour de l’USD. Mais cela ne nous a pas empêchés d’être champions de France !

G.B. À Dax, le club a toujours été un lieu rassembleur de la population et de toutes les catégories sociales. C’est fédérateur. Et ces grands noms du rugby y ont contribué. Je pense à Pierre Albaladéjo, qui a marqué le club et continue de le marquer. Ces grands noms sont devenus dirigeants. Ils sont restés Dacquois. Sans compter que beaucoup d’entre eux ont eu des réussites professionnelles dans la ville. Aujourd’hui, ils comptent dans le rugby mais aussi sur le plan économique. Et puis il y a quelque chose qui a beaucoup marqué le club et la ville. Et que, parfois, on a pu trouver regrettable, c’est le fameux : « Chez nous à Dax ».

G. D. (elle coupe) Le « chez nous » qui fait beaucoup rire les Montois, vous le savez !

G.B. C’est caractéristique de la population et du club. C’est positif car il traduit un attachement très fort à la ville et au club. Mais il a pu avoir un aspect fâcheux, dans la mesure où il a pu couper le club et la ville des autres clubs du département. Et créer une image parfois caricaturée. Moi, je souhaite que ce côté « Chez nous, à Dax » reste pour le côté folklorique, cocardier, pour les derbys. Mais depuis le 16 mars, je m’emploie à ouvrir la ville. On sait aujourd’hui que si l’esprit de clocher est important, le professionnalisme a beaucoup porté atteinte à cette image du club avec des joueurs du club. Autrefois, les étrangers venaient de Peyrehorade et de Tyrosse. Aujourd’hui, ils arrivent de Nouvelle-Zélande ou d’Afrique du Sud…

3 Le derby, c’est quoi pour vous ?

G.D. Les derbys sont pour moi de fabuleuses fêtes, parce que ça entretient les supporteurs et les villes dans une ambiance amusante, cette espèce de rivalité qui devient plus folklorique et sympathique. Ça draine du monde, les gens sont joyeux. De l’animosité, il y en a encore chez certaines personnes mais franchement, les choses s’apaisent et virent plus au jeu. Après, des derbys rugueux, oui, je m’en souviens. Mais après le match, on oublie. Simplement, il vaut mieux être vainqueur, sinon on se fait chambrer…

G.B. Autant je ne souhaite pas que ces rencontres entre deux villes historiquement rivales tournent à l’agressivité, autant le derby rajoute une émotion supplémentaire à l’enjeu sportif. Mais ce n’est pas la guerre. En 1963, on avait parlé de la finale du rugby des pins. À l’époque, c’était phénoménal, l’événement du siècle. Aujourd’hui, ce sera comme pour Intervilles. D’autant que Dax a gagné… Mais pour ce qui est des derbys, je retiens surtout les Dax-Tyrosse.
Tyrosse est à 25 km et là, il y avait une hostilité de la population tyrossaise. C’était plus rugueux. Malheureusement, Tyrosse est descendu. C’est aussi pour cela que je souhaite que Dax et Mont-de-Marsan restent dans l’élite.

4 Petits Poucets déjà condamnés ?

G. D. On ne le vit pas bien quand on est dans le club. Mais avec un peu de recul, cette sentence découle de logiques comptables. Le plus petit budget, à peine promu en Top 14 : le Stade Montois est pour beaucoup voué à descendre. Mais l’histoire a démontré l’an passé que Mont-de-Marsan, plus petit budget de Pro D2, est parvenu à remporter la finale que l’on sait. C’est agaçant, parce que nous sommes dans des bastions et des terroirs de rugby. Ce qui prime, c’est le jeu, le gain d’un match sur le terrain. L’économique et le financier viennent après. Or, dans le monde professionnel, on n’est pas jugé sur ces valeurs. Et nous, c’est vrai, ça nous casse les pieds.

G. B. Moi, je l’ai mal vécu. C’était la négation du sport en général et de la potentialité des deux équipes à pouvoir se battre sur le terrain. Certes, on sait que les budgets des deux clubs ne sont pas les plus importants du Top 14, loin de là, mais faut-il pour autant condamner les clubs parce qu’ils n’ont pas d’argent ?
Pour l’instant, Dax démontre qu’avec un budget modeste, on peut faire aussi bonne figure que certains clubs qui ont deux fois ou trois fois plus d’argent. Heureusement qu’il y a encore une morale.

5 À propos des aides financières

G. B. Pour l’USD, il y a deux budgets distincts : la subvention ordinaire à l’USD Rugby Landes, de 220 000 euros, à laquelle s’ajoute une subvention de partenariat de 500 000 euros. Pour le club pro, nous donnons donc 720 000 euros par an. Pour le reste, nous avons voulu maintenir le stade et le club en coeur de ville. Nexity s’est gentiment retiré. Ils sont venus me dire au revoir…
En revanche, le projet de réhabilitation de Maurice-Boyau est toujours d’actualité. Nous y travaillons avec la volonté de donner au club des équipements adaptés. Notre projet, c’est un stade de 12 000 places assises. Et je ne souhaite pas en dire plus aujourd’hui.

G. D. Nous avons pris les choses d’une autre façon. Quand nous sommes arrivés, aucune subvention n’allait directement au Stade Montois Rugby pro. Il y avait une subvention de 80 000 euros qui allait à l’association pour rembourser une partie de la dette ancienne. Notre premier souci a été de leur donner des infrastructures adaptées à leur volonté de pérennisation et de développement du club en Ligue professionnelle.
Depuis 10 ans, les infrastructures étaient obsolètes. Nous avons choisi de travailler sur la rénovation des tribunes. Le dossier s’élève à 2,5 millions d’euros HT. La moitié sera terminée cette année : l’aménagement des tribunes, les loges et l’accès aux loges. C’était à la demande du club. Accueillir spectateurs et partenaires dans de bonnes conditions, c’est décisif. Ensuite, nous sommes beaucoup plus modestes que la ville de Dax ; pour l’instant, nous versons une subvention de partenariat de 150 000 euros, 200 000 euros s’ils restent en Top 14.

G. B. Vous allez faire des économies alors !

G. D. Cher collègue, ça s’appelle vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Il ne faut jamais faire ça, particulièrement en sport. En politique non plus, d’ailleurs.

6 Une année 2008 exceptionnelle ?

G. D. Moi, je ne le ressens pas comme ça, mais c’est le retour que m’en font les personnes qui m’en parlent. Il s’est passé quelque chose avec cette élection. Après, il y a eu la montée en Top 14 avec ce match formidable en finale face au Racing ; les fêtes de la Madeleine ont ensuite été un moment fort émotionnellement. Et puis, il y a l’épiphénomène d’Intervilles, ce qui m’a permis de remettre Rosa la vachette à mon collègue, avec un grand plaisir…

G. B. Après tout, nous aussi étions quelque part condamnés à la relégation avant notre élection… Mais l’émotion de l’élection a vite été absorbée par la densité de l’élection. Je suis en mairie du matin 9 heures à 23 heures, c’est énorme comme changement de vie. Après, des choses resteront longtemps gravées. L’élection, c’est évident. Mes premières fêtes de Dax en tant que maire, bien sûr.
Et puis j’ai eu la chance de vivre le premier indulto de l’histoire des arènes de Dax ou encore le bonheur d’Intervilles. On a gagné et je suis persuadé qu’on va gagner le derby contre Mont-de-Marsan. Pour moi, c’est un carton plein !

Général, Landes, Lu dans la presse, Mont-de-Marsan

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