Long terme
Je viens de terminer le livre d’Alain Etchegoyen « Votre devoir est de vous taire », Carnets d’un philosophe à gauche et à droite.
Cet homme a un parcours original. C’est un philosophe, donc un intellectuel, qui s’est immergé dans la vie « ordinaire ». Il a travaillé dans l’industrie, dans l’agriculture, dans un lycée prestigieux de Paris mais aussi dans un lycée de banlieue à Gennevilliers. Il est ensuite passé à une vie moins « ordinaire » comme conseiller de Claude Allègre alors ministre de l’Education Nationale puis nommé par Jean Pierre Raffarin Commissaire au Plan.
Il se dit de gauche et a travaillé avec des ministres de gauche d’abord et de droite ensuite lorsqu’il était au Plan. Il dresse le portrait de plusieurs hommes et femmes politiques qu’il a cotoyés dans ses fonctions et qui l’ont marqué. Deux sont sévèrement égratignés Dominique de Villepin et Ségolène Royal.
Le premier qu’il surnomme Decidor Terminator est décrit comme un homme méprisant, indifférent et dont l’obsession est de décider de préférence sans concertation. Je ne sais pas si le tableau est bien impartial puisque c’est Dominique de Villepin qui « a décidé » de supprimer le commissariat au Plan et donc les fonctions de l’auteur mais certains traits semblent bien coller à l’image que nous avons de l’homme au travers de ses actions et déclarations.
Ségolène Royal, avec qui il a travaillé à l’Education Nationale, est elle aussi habillée pour l’hiver ! Elle est décrite comme capricieuse, obsèdée par son image, soupe au lait, sans humour, autoritaire, n’abordant jamais les questions de fond mais aimant faire des « coups ». Cela rejoint les échos que nous avons de la région Poitou-Charente où la démocratie participative pronée pendant la campagne électorale des Régionales s’est transformée en décisions autoritaires et capricieuses de la Présidente de Région. Bon… ça fait réfléchir !
J’ai particulièrement apprécié son analyse sur le manque de vision à long terme des politiques menées dans notre pays. Il y a longtemps que je pense que le court terme est la plaie de ce pays. Le bon sens voudrait que l’on fasse de la prospective au moins à 20 ans et que l’on échelonne les réformes et décisions pour parvenir à un but bien précis. Mais les choses sont souvent décidées dans l’urgence, dans l’émotion et sans fil conducteur. Résultat, on empile des lois souvent inappliquées et parfois contradictoires. Quel temps perdu ! La fréquence des échéances électorales et le cumul des mandats sont à mes yeux les responsables de cette réalité du court terme.
Je citerai un paragraphe de la conclusion du livre: » Un homme ou une femme ne deviennent politiques que dans l’apprentissage des clivages et des organisations partisanes. Ils apprennent à combattre avant d’apprendre à décider. C’est là que réside la terrible contradiction de la vie politique : le souci du long terme ne relève guère de l’apprentissage politique. On y apprend à perdre son temps en réunions inutiles, à passer son temps dans des conditions presque sacrificielles, mais pas à voir le plus loin possible. La liberté de penser, de s’exprimer et le long terme sont la croix des politiques. C’est sans doute ce qui distinguera, dans l’avenir, les très grands de ceux qui font de la politique quotidienne. » Entrée depuis 2 ans dans le milieu politique, j’avoue que c’est une réalité, mais me direz-vous il faut d’abord se battre (au sens noble du terme pour ses idées) pour être élu afin de pouvoir ensuite être en position de décider!
Voilà pour moi, aujourd’hui dimanche, c’était lecture !
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