« L’horizon a changé »
APRÈS KLAUS. Douze jours après la tempête, Geneviève Darrieussecq essaie de se projeter
« L’horizon a changé »
- Le toit de la Madeleine, ici sécurisé par le Grimp, a subi quelques dégâts. (photo pascal bats)
« Sud Ouest ». Comment avez-vous vécu les premières heures de l’après-tempête ?
Geneviève Darrieussecq. Comme une journée un peu folle, démarrée dès 6 heures du matin, quand il a fallu décider de ne pas ouvrir le marché Saint-Roch. Après, le matin même, je ne pouvais même pas atteindre la mairie, j’étais bloquée dans mon quartier, à Saint-Médard. La première consigne a donc été de dégager les grands axes. Mais les chefs de service étaient en alerte et ils ont tous réagi très vite. Ensuite, on a fait, un peu hébété, le tour de la ville…
Et quels ont été les premiers constats ?
Ce samedi-là, en voyant l’état des parcs de la ville, de Nahuques à Jean-Rameau, j’étais bouleversée, c’était un peu apocalyptique. Mais bien vite, quand vous sortez de Mont-de-Marsan, que vous faites le tour de l’agglomération et que vous voyez la forêt dévastée, vous relativisez. Il y a là une sensation de désolation qui n’existe pas en centre-ville. C’est un vrai crève-coeur pour qui aime comme moi cette contrée. C’est une catastrophe environnementale, économique et écologique que nous avons à nos portes. J’encourage donc les Montois à penser aux autres. Ici, la vie a repris son cours quasi normalement, mais à 5 kilomètres de chez nous, il y a des gens encore dans le noir, pas bien du tout…
Tous les Montois ont donc retrouvé l’électricité ?
Non, il reste malheureusement quelques cas isolés, en bout d’impasse ou dans des endroits plus reculés. Notre premier travail a été de recenser les cas urgents. On sait qu’il y a eu jusqu’à 500 foyers privés d’électricité. Et on a bien noté le changement de stratégie d’ERDF, à partir de mercredi dernier, qui a commencé à équiper le maximum d’endroits en groupes électrogènes plutôt que de chercher à réparer les lignes…
Comment sort-on d’une telle période ?
C’est un événement intense et éprouvant pour tous. On ne peut pas faire autrement, humainement, qu’être d’abord dans l’empathie. Mais en tant qu’élu, il faut être dans l’action, prendre des décisions, rassurer la population et amener des réponses concrètes et positives, rapidement.
Et concrètement, à quel stade en êtes-vous ?
On a vécu le plus aigu, mais le plus dur est à venir. Il va falloir reconstruire. La première étape a consisté à remettre en état et à sécuriser les écoles, les lieux publics, les salles municipales touchées. On a voulu au plus vite remettre Nahuques en ordre, avant de s’attaquer à Jean-Rameau. Il faudra parallèlement s’occuper des berges, parce que par-dessus, nous avons eu la crue. Même à 5,80 mètres, nous n’avons pas eu de gros dégâts dans les habitations, mais le chemin de halage par exemple est dévasté. Il y a des arbres partout, des risques d’embâcles. Là-dessus, le Sivu de la Midouze doit intervenir. Mais il y aura aussi des travaux qui risquent de s’étaler sur deux ou trois mois, on ne sait pas, dans les parcs, les berges, certains bâtiments… Le théâtre et la Madeleine ont été touchés aussi. Pour la collectivité, il va y avoir un coût.
Avez-vous commencé à l’estimer ?
En frais de fonctionnement, même si ce ne sont que des chiffres approximatifs, on va tourner autour de 500 000 euros. Or, on a voté un budget le 20 janvier et ça n’était vraiment pas prévu… Quand je dis que l’horizon a changé autour de nous, il va falloir aussi s’adapter à cela.
Quels moyens avez-vous pour cela ?
J’attends quelques signaux concernant des remboursements ou des aides. Le Conseil général va en apporter, comme la CAM qui va intervenir sur les voies communautaires. Si on a 500 000 euros de frais supplémentaires et peut-être la salle Sarraute à refaire (lire ci-contre), sans doute devrons-nous réévaluer le budget. Il va falloir être réaliste.
Quelle leçon tirez-vous de cet épisode ?
On a vécu une formidable mobilisation des services municipaux. Ils ont été exceptionnels, extraordinaires. Aucun n’a rechigné : tous sont revenus le dimanche, pour tenir la permanence téléphonique, bosser sur le terrain, tenir les cantines municipales qui tournent à plein puisque nous avons 300 pompiers et militaires hébergés et nourris par la Ville. Attention, même si certaines associations s’impatientent, tout cela n’est pas discutable. Cette solidarité, ce sens de l’entraide doivent perdurer. Les Landais sont « tignous », on va s’en sortir. Mais si la solidarité qui s’est créée pour l’occasion pouvait se poursuivre, ce serait le bon côté de cette tempête. Elle est déjà essentielle dans la période de crise économique que nous traversons. Être solidaires et surtout pas en compétition les uns avec les autres, dans les mois à venir, ce sera essentiel.
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