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« En faire la première arène du Sud-Ouest »

Le 23 juillet 2004

CORRIDAS DE LA MADELEINE. Arrivé un peu à la surprise générale dans le paysage montois l’hiver dernier, le Nîmois fixe un objectif très ambitieux pour les prochaines années

« En faire la première arène du Sud-Ouest »
Article Sud Ouest du jeudi 23 juillet 2009 – par Jean-Pierre DORIAN

  « Blanc de peur » le premier jour de la feria, Simon Casas a vite trouvé ses marques dans le callejon du Plumaçon. (Photo pascal Bats)


« Sud Ouest ». Quel bilan tirez-vous de ces corridas ?

Simon Casas. Avec Marie, on doit pouvoir dire que la partie est gagnée. Je savais ce que nous pouvions apporter à Mont-de-Marsan, il fallait le démontrer, faire nos preuves. Bien sûr, il y a le couac du dernier jour : on avait pourtant réuni des toreros qui couperaient des oreilles à des chaises ! Mais pour le reste, entre le brio dominateur d’El Juli le premier jour, la maestria de Ponce, l’éclat de Castella, les révélations d’Aguilar, la bravoure généreuse des Fuente Ymbro ou la profondeur de la noblesse du cinquième toro de Samuel Flores, c’est un vrai bouquet de fleurs !

Comment aviez-vous conçu cette feria ?

Nous avions en tête de redorer l’image des arènes, d’assurer leur taux de remplissage et d’avoir des cartels brillants. Je l’ai dit et je l’ai fait, avec l’idée de correspondre aux besoins de Mont-de-Marsan. Ici, le public a une aspiration « torista », légitime. Mais on sent un fort potentiel d’adhésion aux bonnes faenas, parce que c’est une arène où il y a de la rigueur, de la tenue, de l’analyse. Le public a une bonne capacité de synthèse. Chaque arène a sa sensibilité, son identité. Il faut respecter son caractère. C’est ce que nous avons fait avec Marie, nous ne sommes pas arrivés en terrain conquis.

Et pourquoi, vous, être resté si longtemps discret, dans l’ombre ?

Parce qu’on m’attendait sur bien des points. On attendait un Casas impérialiste, provocateur, offensif. Mais moi, je sais m’adapter, sans perdre mes convictions et ça, les gens en doutaient. Après, on disait Casas est apoderado et va tout mélanger : un seul de mes toreros est venu, Aparicio, et parce qu’on me l’a demandé. Et puis il y a l’image « Casas fait de la tauromachie commerciale, donc il va négliger les toros ». Désolé, on a amené des toros. L’art de la réussite est aussi l’art de l’esquive.

Pourquoi être à ce point désireux de réussir à Mont-de-Marsan ?

Ce n’est pas une ville taurine neutre pour moi. Dans les années 60, j’avais une revendication : qu’il puisse y avoir des toreros français, quand on me rétorquait qu’il fallait du sang espagnol pour être torero. Les mêmes qui me disent aujourd’hui qu’il faut soutenir les toreros français… Eh bien, la seule ville où nous avons été reçus, à cette époque de lutte, avec Alain Montcouquiol (Nimeño I), c’est Mont-de-Marsan. Nous devions être en 1968, je ne me souviens plus du nom du club taurin qui nous avait accueilli, mais je me souviens du soutien de ces 200 personnes. Et je ne l’ai jamais oublié.

Pourquoi cette forme de « reconnaissance du ventre » ?

Toute ma vie a été un combat. Je ne suis le fils de personne, je savais à peine lire et écrire et j’ai été dans la meilleure université du monde où j’ai aussi appris à organiser les corridas… Et cela aussi nous ramène à Mont-de-Marsan. Parce qu’après avoir pris l’alternative comme une juste récompense dans ma ville de Nîmes, le 16 mai 1975, je me suis aussitôt coupé la coleta. Ce jour-là, j’ai considéré que je ne pourrais pas être un grand torero, je ne voulais pas être un ringard. Mais j’ai aussi pigé que je pouvais être un grand impresario, un grand organisateur. Et le premier à qui j’en ai parlé, c’est Manolo Chopera, le père d’Oscar et Pablo. Je suis allé le voir le 5 août 1975, c’était à Bayonne, pour lui dire que je voulais travailler avec lui. C’était un grand homme, qui a senti la flamme en moi : nous sommes restés associés cinq ans, de 1976 à 1981. Ce n’est qu’après que je suis devenu un grand impresario, qui s’asseoit à la table des grands.

Des grands comme Oscar Chopera, à qui vous avez ravi la Madeleine…

Avant que les appels d’offres ne soient lancés, je suis allé voir Oscar et Pablo, par respect pour leur père. Je m’étais jusque-là toujours interdit de les gêner dans leur implantation en France. Mais avec ces « vrais » concours qui s’ouvraient enfin à Mont-de-Marsan et Bayonne, je suis allé leur annoncer ce qui allait se passer. Ils ne m’ont pas cru, se sentaient en position de force. Je leur ai même proposé de les associer avec Marie. Ils n’ont rien voulu savoir, alors j’ai juste coupé la poire en deux en prenant Mont-de-Marsan et en laissant Bayonne…

Et comment jugez-vous les débuts de votre associée ?

Marie est quelqu’un d’exceptionnel, que je connais mieux que personne. Je l’ai managée toute sa carrière de torero à cheval, elle a été ma femme : je sais qu’elle va réussir dans ce monde.

Avez-vous des améliorations à proposer pour 2010 ?

J’ai beaucoup de respect pour Mme le maire qui a eu le courage de choisir Marie et de tout changer. Il n’y a eu aucun conflit, aucun clash, j’ai noté ce qui nous semblait être des bonnes suggestions à faire, nous les présenterons au maire dans le respect de sa légitimité.

Et l’idée phare pour le futur ?

Mont-de-Marsan est une très grande place. Mon challenge personnel est d’en faire à terme la première arène du Sud-Ouest. Et, quitte à me faire de l’auto-compétition avec Nîmes, pourquoi pas de France ?

Auteur : recueilli par Jean-pierre Dorian

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